Salaire non affiché sur une offre d'emploi : ce que change la directive européenne
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Salaire non affiché sur une offre d'emploi : ce que change la directive européenne

Une directive européenne oblige les employeurs à indiquer une fourchette de salaire dans l'offre ou avant l'entretien. Où en est la France, ce que ça change pour une candidature, et ce qu'on observe déjà en lisant les annonces chaque nuit.

Pourquoi tant d'offres d'emploi n'affichent aucun salaire ?

Historiquement, aucune loi française n'a jamais obligé un employeur à indiquer une rémunération sur une annonce. Certains le font par culture interne ou parce que la grille est publique (fonction publique, conventions collectives à barèmes connus) ; beaucoup d'autres préfèrent garder de la marge de négociation, ou considèrent simplement que le sujet se traite en entretien. Résultat : deux annonces pour un poste très comparable peuvent afficher, ou non, un montant, sans qu'aucune règle ne l'impose dans un sens ou dans l'autre - pour l'instant.

Que dit la directive européenne sur la transparence salariale ?

La directive (UE) 2023/970, publiée le 10 mai 2023, change cette donne. Elle impose aux employeurs d'indiquer aux candidats le niveau de rémunération initial ou une fourchette de salaire - dans l'offre elle-même ou avant le premier entretien - et leur interdit de demander l'historique salarial du candidat. Elle prévoit aussi un renversement de la charge de la preuve en cas de litige sur une discrimination salariale : c'est à l'employeur de démontrer l'absence de discrimination, pas au salarié de la prouver. Les États membres avaient jusqu'au 7 juin 2026 pour la transposer dans leur droit national.

Où en est la France sur la transposition ?

En retard. Mi-2026, un projet de loi de transposition était soumis à l'avis du Conseil d'État, avec un objectif d'examen et d'adoption parlementaire à l'automne 2026 - après l'échéance européenne du 7 juin. La France n'est pas isolée : la grande majorité des États membres n'avaient pas non plus achevé leur transposition à cette date. Les obligations de reporting sur les écarts de rémunération, elles, montent en charge progressivement selon la taille de l'entreprise, sur plusieurs années après l'entrée en application.

Une directive européenne s'applique-t-elle déjà sans loi française ?

Pas directement pour un employeur privé : une directive engage d'abord l'État à légiférer, elle ne crée pas mécaniquement une obligation opposable à une entreprise tant que la loi nationale n'existe pas. Concrètement, ça veut dire qu'un employeur français n'est pour l'instant pas hors-la-loi s'il n'affiche pas de fourchette - mais que ça va changer dès l'adoption du texte français, et que le sens de l'évolution est connu d'avance. Des groupes présents dans plusieurs pays européens ont d'ailleurs commencé à harmoniser leurs pratiques de recrutement en amont, plutôt que de gérer un processus différent par pays.

Qu'est-ce qu'on observe déjà en lisant les annonces chaque nuit ?

AgoraHop lit chaque nuit des offres publiées directement par les employeurs, à travers des dizaines de logiciels de recrutement différents. Ça permet de voir des régularités qu'on ne voit pas en consultant un site à la fois. Sur les postes soumis à une grille connue - fonction publique, certaines conventions collectives, métiers en tension où le marché fixe déjà le prix - un montant ou une fourchette apparaît fréquemment, parce que le cacher n'a pas grand intérêt. Sur les postes cadres et dans une bonne partie des PME, la mention reste rare, ou se limite à une formule du type « selon profil et expérience », qui ne dit en réalité rien de vérifiable avant l'entretien.

Qu'est-ce que ça va changer concrètement pour candidater ?

Deux choses très concrètes, une fois la loi française en vigueur. D'abord, un employeur ne pourra plus demander un ancien salaire pour caler une proposition dessus - une pratique qui reconduit mécaniquement les écarts déjà existants d'un poste à l'autre. Ensuite, un candidat pourra exiger de connaître la fourchette avant l'entretien plutôt qu'en toute fin de processus, ce qui change le rapport de force au moment de négocier : découvrir un montant après avoir investi plusieurs semaines dans un recrutement n'est plus la seule option.

Ce que ça change du côté d'AgoraHop

Le principe qui nous guide - un profil structuré plutôt qu'un CV en texte libre - se prête bien à ce type d'évolution réglementaire : une fourchette de salaire est une donnée structurée comme une autre, qui a vocation à devenir aussi lisible et comparable qu'une localisation ou un type de contrat plutôt que noyée au milieu d'un paragraphe. C'est une direction que nous suivons, pas une fonctionnalité disponible aujourd'hui.

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